Samedi soir, la rencontre avec Louis, jeune professeur fraîchement diplômé de Cambridge, et Marta, brillante étudiante anglaise, en littérature française des XVIᵉ et XVIIᵉ siècle, a pris la forme d’une magnifique surprise : celle d’une conversation où les livres, les auteurs et les phrases qui nous accompagnent se sont invités à la table.
Au fil de l’échange, chacun faisait circuler ses lectures, ses questions, ses émerveillements, et l’on sentait combien la pensée se nourrit de ces moments où elle se partage à plusieurs.
C’est Louis qui, au détour d’une discussion, a voulu faire revenir une citation. Elle lui échappait un peu, se laissait approcher sans se laisser tout à fait saisir, et c’est précisément ce qui m’a touchée.
Ce qui échappe, plutôt que de la réciter mécaniquement, a ouvert un véritable espace de questionnement sur la place des mots dans ce que nous appelons « penser ».
D’autant qu’il s’agissait : « C’est dans les mots que nous pensons. » de Hegel.
Cette phrase a continué de travailler en moi après la soirée, comme un écho à ce que nous venions de vivre : une pensée qui se tisse dans le dialogue, qui se précise dans la parole échangée, qui se déplace à mesure que les mots circulent entre nous.
En cherchant, avec Louis, les mots d’Hegel, nous faisions l’expérience même de cette idée : les mots ne se contentent pas d’exprimer la pensée, ils la font advenir, avec leurs hésitations, leurs approximations et leurs trouvailles.
C’est à partir de cette tentative de citation « presque » retrouvée, et de cette soirée faite de joie qu’est née aujourd’hui l’envie d’écrire ces quelques lignes.
(Source de la citation : Hegel, Philosophie de l’esprit, tome III de l’Encyclopédie.)