« Mais enfin ça n’a pas de sens », entendue en séance au moins une fois par chacun de mes analysants, cette petite phrase est l’une de mes favorites .... Il se passe quelque chose.... Il me semble que nous sommes arrivés au bord du dicible habituel, et « ça parle » comme dit Lacan. Est-ce que cette petite phrase tente de fermer une brèche ?
Freud nous a habitués à cette inversion : ce qui paraît dénué de sens est souvent, ce qui a le sens le plus tranchant. Le rêve absurde, le détail insignifiant, la phobie « ridicule » sont des compromis, des montages serrés de désir et de défense.
Quand l’analysant lâche : « ça n’a pas de sens », il exprime à sa manière ce que Freud a mis en lumière : le décalage structurel entre le sens manifeste (celui qui satisfait le moi) et le sens latent (celui du désir). Ce que je savoure intérieurement, c’est que nous sommes dans la rencontre avec ces formations de l’inconscient dont Freud a dressé l’architecture.
Avec Lacan, une autre nuance se précise : l’inconscient, ça ne veut pas dire « tout a un sens » au sens où il suffirait de décrypter, la signification se défait, alors l’analysant se rapproche de ce qui organise sa vie à son insu, ce savoir qui s’ignore, ce « noyau dur » autour duquel métaphores et métonymies s’enroulent.
Mais aujourd’hui, c’est à Françoise Dolto que j’ai pensé.
Dans la bouche de l’analysant adulte, le « ça n’a pas de sens » portait la trace de ce « quelque chose » qu’il a compris trop tôt, trop seul, il en a bricolé son propre « sens » avec des fragments, ce « sens » méprisé, démenti, recouvert et ridiculisé aussi.
Cet enfant-là revient en séance avec ses mots, ses images … soutenir ce qu’il dit est sérieux.