« Je cherche un psy. Mais lequel ? » La question m’a encore été posée lors d’un événement autour des rencontres et de l’accueil. Psychiatre, psychologue, psychothérapeute, counsellor, psychanalyste : derrière ces mots se dessinent des formations, des pratiques et des cadres différents, qui changent aussi lorsqu’on traverse la Manche (Bpifrance Création, HCPC, UKCP).
Gad Elmaleh s’amusait de nos expressions « je vois quelqu’un » et « je me fais suivre », jusqu’à cette chute : « Je peux te dire que le jour où j’ai l’impression de me faire suivre, je vais voir quelqu’un ! » (L’Autre c’est moi, réplique transcrite). Entre la rencontre amoureuse et la filature, la langue laisse une certaine marge. Reste à savoir à qui l’on souhaite confier sa parole.
Que signifie « psy » et comment s’orienter ?
« Psy » est un mot courant qui peut désigner plusieurs professionnels ; il ne précise, à lui seul, ni la qualification ni l’approche de la personne consultée (Bpifrance Création). Chercher un psy peut commencer par une question très simple : à qui parler de cette anxiété, de ce deuil, de ces difficultés relationnelles, ou de l’impression de répéter quelque chose qui fait souffrir ?
On peut aussi hésiter : peur d’être jugé, de manquer de mots, de choisir la mauvaise personne ou de s’engager sans savoir où cela mène. Le premier contact peut accueillir ces questions elles-mêmes. S’informer sur la formation, la manière de travailler, les honoraires, la confidentialité et le déroulement des premières rencontres aide à donner un contour à la démarche.
Psychiatre, psychologue, psychothérapeute : quelles différences entre la France et l’Angleterre ?
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Le psychiatre est un médecin spécialisé. En France comme en Angleterre, il peut établir un diagnostic médical, prescrire des médicaments et proposer ou recommander d’autres traitements, dont des psychothérapies (Bpifrance Création, NHS).
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Le psychologue a une formation universitaire en psychologie et exerce selon sa spécialité. En France, le titre est protégé ; le parcours habituel comprend une licence, un master en psychologie et un stage professionnel (ministère de l’Enseignement supérieur). En Angleterre, psychologist employé seul n’est pas protégé, tandis que clinical psychologist et counselling psychologist, notamment, sont des titres protégés qui exigent une inscription au HCPC (HCPC).
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Le psychothérapeute pratique la psychothérapie, selon une ou plusieurs orientations. En France, l’usage du titre est réglementé, avec des exigences de formation, de stage et d’enregistrement ; en Angleterre, psychotherapist n’est pas un titre légalement protégé, et les registres professionnels volontaires, comme celui de l’UKCP, offrent des repères sur les qualifications et la déontologie (ARS Île-de-France, UKCP).
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Le counsellor, que l’on rencontre dans le paysage britannique, accompagne les difficultés par la parole. Counselling et psychotherapy recouvrent des pratiques qui se chevauchent ; counsellor n’est pas un titre légalement protégé en Angleterre, et l’inscription à un registre tel que celui de la BACP constitue un élément à vérifier (BACP, présentation des pratiques, BACP Register, UKCP). Il se distingue du counselling psychologist, dont le titre relève du HCPC (HCPC).
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Le psychanalyste travaille avec l’inconscient dans un parcours associant analyse personnelle, étude des textes et pratique supervisée (Société psychanalytique de Paris). Son titre n’est pas réglementé en France ; en Angleterre, la reconnaissance passe notamment par des organismes professionnels non statutaires, dont les critères et les orientations diffèrent (Bpifrance Création, British Psychoanalytic Council, NHS England).
Ces métiers peuvent se recouper : un psychiatre ou un psychologue peut aussi pratiquer la psychothérapie (NHS Health Careers). L’un n’est pas, par son titre, meilleur que l’autre. L’enjeu est de trouver une approche et un cadre adaptés à la personne, à sa situation et aux soins dont elle peut avoir besoin. Au fil des rencontres, une manière de travailler peut se préciser, au plus près de sa sensibilité et de son rythme.
Parler à une IA quand on n’ose pas consulter un psy
Si vous avez commencé par parler à ChatGPT ou à un autre chatbot parce qu’il vous semblait plus facile d’écrire que de prendre rendez-vous, cette hésitation mérite d’être entendue. « J’ai besoin de parler, mais je ne sais pas par où commencer » peut déjà être une manière de se présenter à un professionnel.
Les expressions « psy IA » ou « thérapie par IA » demandent toutefois une distinction : un chatbot généraliste, une application clinique évaluée et une consultation avec un professionnel correspondent à des dispositifs différents (Mental Health Foundation). Un chatbot peut aider à organiser des idées, mais ses réponses peuvent aussi être inexactes ou renforcer certaines convictions ; la protection des confidences dépend du service utilisé, et il ne remplace ni une évaluation clinique ni une aide adaptée en situation de crise (Mental Health Foundation).
Ce qui a été écrit à une IA peut devenir un point de départ pour parler de ce que l’on cherche, de ce qui rassure et de ce qui inquiète. La démarche vers quelqu’un peut ainsi commencer avec ses hésitations, sans récit parfaitement ordonné.
Devenir psychanalyste : une expérience et une étude qui se poursuivent
Freud écrit en 1926 : « Or nous exigeons aussi que quiconque veut pratiquer l’analyse sur d’autres se soumette au préalable lui-même à une analyse » (La question de l’analyse profane, citation reproduite par Anne-Angélique Zémour). L’analyse personnelle est ici indispensable : avoir été analysant, avoir rencontré ses résistances, entendu ce qui échappe à ses intentions et éprouvé le déplacement de ses certitudes.
Il faut y avoir mis ses tripes sur le divan. La formule dit cet engagement intime, cette expérience qui devrait laisser une humilité durable devant l’histoire d’un autre. Elle accompagne un travail intellectuel et clinique tout aussi exigeant.
Travailler les textes de Freud, de Lacan et de Dolto demande des années : lire seul, reprendre en groupe, discuter en séminaires, revenir à un passage que l’expérience éclaire autrement. La psychanalyse engage, en ce sens, une étude sans fin. La richesse des textes tient aussi aux pensées avec lesquelles ils dialoguent.
Freud faisait déjà place à la littérature, à la mythologie, à l’histoire des civilisations et à la psychologie des religions dans la formation de l’analyste (La question de l’analyse profane, édition Gallimard 1985, p. 133, citée par Anne Levallois). Philosophie, traditions spirituelles et religions peuvent élargir cet horizon, nourrir un éventail de possibles, tout en laissant à chacun ses mots et ses croyances. L’enjeu reste d’entendre le singulier dans l’universel.
Lorsque Lacan définit le professeur comme « celui qui enseigne sur les enseignements », il interroge la transmission et le désir d’enseigner (L’Angoisse, séance du 13 mars 1963). Une question demeure pour celui qui écoute : quelle place son savoir laisse-t-il à ce qu’il n’avait pas prévu d’entendre ?
Freud, Lacan, Dolto, Klein, Winnicott : des pensées en dialogue
Ma formation universitaire anglo-saxonne m’a permis de découvrir d’autres façons de penser et de travailler. Les œuvres de Melanie Klein et de Donald Winnicott prennent place dans ce dialogue, avec leurs rapprochements et leurs différences.
Klein écrit : « Dans leur jeu, les enfants représentent symboliquement des fantasmes, des désirs et des expériences » (Les principes psychologiques de l’analyse des jeunes enfants, 1926). Winnicott souligne que « c’est seulement en étant créatif que l’individu découvre le self » (Jeu et réalité, ouvrage de 1971, traduction française citée par Marie Lenormand).
Chez Klein, le jeu ouvre sur les fantasmes et les angoisses ; chez Winnicott, la possibilité même de jouer prend une place essentielle dans l’expérience thérapeutique (Melanie Klein Trust, Winnicott’s theory of playing: a reconsideration). Ces différences entretiennent la réflexion et invitent à poursuivre les lectures, au contact de la clinique.
Le temps de l’inconscient et le moment de la rencontre
Une parole ancienne revient avec une portée nouvelle ; une digression ouvre un chemin ; une métaphore s’invite là où l’explication semblait épuisée. Le temps de l’inconscient se laisse approcher dans ces retours, ces déplacements, ces moments où quelque chose devient audible.
Jankélévitch écrit : « Tout peut devenir occasion pour une conscience inquiète, capable de féconder le hasard » (Quelque part dans l’inachevé, entretiens avec Béatrice Berlowitz, Gallimard, 1978, p. 39-40, passage reproduit dans Poezibao). Cette pensée de l’occasion offre un écho à la rencontre analytique : une disponibilité à ce qui surgit, dont la portée tient à une histoire singulière.
Une scansion, cette ponctuation donnée à la parole, une question ou un silence engagent la responsabilité de celui qui intervient. Leur justesse se cherche dans cette clinique, ce transfert, à ce moment précis. L’attention au moment comprend aussi la retenue, la possibilité d’attendre et de soutenir la continuité d’une parole.
Fragilité, supervision et responsabilité clinique
Freud, Lacan et Dolto avaient tous trois une formation médicale : Freud était neurologue, Lacan psychiatre, Dolto pédiatre, avec une expérience en psychiatrie et en neuropsychiatrie infantile (Freud Museum, Stanford Encyclopedia of Philosophy, Archives Dolto). Leurs parcours rappellent la place de la rencontre avec la maladie et la souffrance dans la formation clinique (Freud Museum, Archives Dolto).
L’expérience hospitalière des psychologues mérite également d’être reconnue comme un lieu d’apprentissage de la fragilité et du travail avec d’autres professionnels. Ce qu’elle doit enseigner, c’est la mesure : apprécier ce qui soutient une personne, reconnaître les risques et savoir quand solliciter d’autres compétences. La sécurité, les limites de compétence et la collaboration figurent notamment parmi les exigences du British Psychoanalytic Council pour ses inscrits (BPC, normes 1, 6 et 9).
L’« hystérisation du discours », au sens analytique, concerne la mise en question du sujet dans son rapport au savoir ; elle ne donne aucune permission générale de précipiter une interprétation ou de défaire ses appuis (Jacques Adam, « Questions préliminaires à toute direction possible de la cure analytique », Hétérité, no 5, p. 54-57). Face à un risque de déstabilisation ou de mise en danger, la protection de la personne et les soins nécessaires restent prioritaires (BPC, normes 1, 3 et 6).
La supervision maintient cette interrogation vivante. À Georges Juttner qui l’interrogeait sur le contrôle de sa pratique, Dolto répondait, selon son témoignage : « c’est vous qui allez me le dire… c’est vous qui demandez de l’aide ici » (Témoignage du travail avec Françoise Dolto, p. 226). Demander de l’aide, reprendre une difficulté et reconnaître ce qui engage personnellement le praticien appartiennent à cette responsabilité.
Parfois, une nouvelle « tranche » d’analyse s’impose au praticien comme travail à reprendre. Freud envisageait déjà cette reprise périodique en 1937, tout en reconnaissant qu’une cure peut trouver son terme (L’analyse finie et l’analyse infinie, extraits p. 87 de l’édition présentée). L’étude qui se poursuit et la fin d’une analyse ont ainsi chacune leur place.
Un psychiatre, un psychologue, un psychothérapeute ou un counsellor peut s’engager dans une formation analytique, selon le cadre de l’institut choisi (BPC, formations en psychanalyse). Le parcours de psychanalyste n’accorde, en retour, aucun accès automatique aux titres de psychologue ou de psychiatre, qui exigent les études et les qualifications correspondantes (ministère de l’Enseignement supérieur, HCPC, NHS).
Chercher un psy francophone à Londres : un premier contact
Si votre recherche commence par « psy à Londres » ou « psy francophone à Londres », ces repères peuvent aider à préciser ce que vous attendez d’une rencontre. Le mot ouvre une recherche ; la formation du praticien, son cadre de travail et les premiers échanges permettent de l’affiner.
Dans ma pratique de psychanalyste à South Kensington, j’accueille les adultes en présentiel, en français et en anglais (mon approche de la psychanalyse). Vous pouvez écrire quelques lignes pour demander une première rencontre, avec ce qui vous préoccupe aujourd’hui et les questions que vous souhaitez poser. La suite se pense à partir de là, avec votre histoire, vos appuis et votre temps.
Besoin d’une aide urgente ?
En Angleterre, le NHS conseille d’appeler le 111, option santé mentale, pour une aide urgente, et le 999 ou de se rendre aux urgences en cas de danger immédiat ou d’impossibilité de rester en sécurité (NHS, aide urgente en santé mentale). En France, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et accessible 24 h/24 pour les personnes en détresse ou leurs proches ; en cas de danger immédiat, appeler le 15 ou le 112 (3114, ARS Île-de-France).