L’« attention partielle constante » (Linda Stone) décrit cet état devenu banal : être partout à la fois, connecté, réactif, mais rarement présent. Il ne s’agit pas de multitâche, mais d’une vigilance tendue permanente.

Cela se traduit souvent par une difficulté à soutenir une pensée, à tolérer le silence, ou à se dégager du flux des sollicitations une urgence diffuse, sans objet clair.

En séance, un analysant formule ceci : « Quand je viens ici, je me sens humain. Je coupe mon téléphone… mais pas comme une contrainte. J’y prends plaisir. C’est comme un sas. »

Le mot est juste. Un sas, c’est un espace où la pression baisse. Alors que tout pousse à rester branché, la séance introduit une coupure et la possibilité de ne pas répondre immédiatement.

Peut-être est-ce là, aujourd’hui, une des fonctions les plus précieuses de l’espace analytique : réintroduire du manque, du temps, et les conditions d’une parole qui ne soit pas absorbée dans le flux.